GUE/NGL
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Tragédie de lampedusa

23 October 2013
L'Humanité
 

À la suite des drames successifs de l’immigration en mer Méditerranée, le sommet européen de jeudi et vendredi est consacré à la question. Une urgence quand le prisme sécuritaire régit l’ensemble des politiques communautaires.

Ces dernières semaines, les récits tragiques de migrants ayant péri en mer en tentant de rejoindre l’Europe ont jeté une lumière crue sur la politique migratoire de l’Union européenne et sur le rapport de forces que celle-ci a instauré au fil des années avec les candidats au départ venus d’Afrique subsaharienne, d’un Maghreb en plein bouleversement ou d’une Syrie en guerre. Depuis le début de l’année, 32000 migrants ont tenté la traversée, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). 2352 y ont perdu la vie en 2011, 25000 depuis 1993. «Je ne sais pas combien il faudra encore de morts en mer avant qu’on se décide à faire quelque chose. Le fait est que, si ça continue comme ça, nous allons faire de notre Méditerranée un cimetière. Jusqu’ici, nous n’avons entendu que des mots, rien de plus», déplorait récemment le chef du gouvernement maltais, Joseph Muscat.

Jeudi et vendredi, les Vingt-Huit ont décidé de consacrer leur sommet à la question de l’immigration. À cet égard, la commissaire européenne aux Affaires intérieures, la Suédoise Cecilia Malmström, a envoyé des signes peu encourageants en demandant le renforcement des moyens de l’agence Frontex de sécurité aux frontières. Même discours du côté des autorités françaises, qui entendent également donner plus de moyens à Frontex, aux systèmes de surveillance maritime (Seahorse ou Eurosur, qui disposeront de drones et de satellites), et renforcer le dialogue avec la Libye pour accentuer la coopération en matière de surveillance des frontières. Ainsi, l’immigration est-elle vue par le seul prisme sécuritaire. «Les demandeurs d’asile en quête de protection ou les migrants cherchant une vie meilleure sont d’abord considérés comme des envahisseurs qui n’hésiteraient pas à mentir et à tromper pour profiter de ce que peut leur offrir l’Europe», explique la Cimade. En 2011, le député grec de la Gauche unitaire européenne, Kyriacos Triantaphyllides, proposait «un régime d’asile commun basé sur les principes d’équité et d’efficacité». La politique d’asile se caractérise aujourd’hui par sa nature restrictive. Dans les faits, l’UE a accordé sa protection à 100 000 demandeurs seulement en 2012. Soit 0,0002% de sa population totale. Et aucun mécanisme n’existe pour répartir les réfugiés parmi les pays membres.

Depuis 1990, la convention de Dublin, dont la philosophie repose essentiellement sur la «suspicion vis-à-vis des demandeurs», selon la Cimade, se donne pour objectif de répartir l’examen les demandes d’asile entre les États. En 1999, puis 2007, les traités d’Amsterdam et de Lisbonne communautarisent les politiques d’immigration et d’asile, et laissent progressivement de côté l’intégration. Illustration de cette fermeture des frontières: la directive «Retour» qui renforce l’Europe forteresse et l’expulsion des migrants en situation irrégulière. L’Union externalise le contrôle de ses frontières aux pays du sud de la Méditerranée et sous-traite la lutte contre l’immigration dite illégale. Et, au cœur de l’espace Schengen, tous les citoyens européens ne se valent pas. Jusqu’en décembre2013, Roumains et Bulgares ne peuvent accéder librement au marché du travail français et donc au droit à l’installation du fait des mesures d’intégration transitoires. Pis, l’Europe a mis sur pied Eurodac, une base de données des empreintes digitales des migrants ayant franchi une frontière ou déposé une demande d’asile. Pour échapper au système, certains candidats à l’immigration n’hésitent pas à se brûler les doigts.

Ces dernières semaines, le débat s’est cristallisé autour de Frontex et de ses moyens, de manière opportune pour les tenants du tout-sécuritaire. «Les politiques européennes en matière d’immigration et de droit d’asile vont à l’encontre de toute solidarité justement parce qu’elles renvoient la charge au premier pays d’accueil. C’est pour cela que les pays du Sud sont bien plus soumis à la pression que les autres États», explique l’eurodéputée Marie-Christine Vergiat (Gauche unitaire européenne), qui refuse de mélanger la question de l’immigration et celle de l’asile. «Il faudrait déjà respecter le droit international concernant l’asile, c’est-à-dire le principe de non-refoulement. La Suède a récemment accordé le droit d’asile temporaire à 10000 Syriens avec droit au travail. Voilà une politique de solidarité.» Une politique de bon sens, surtout quand la responsabilité de l’UE est engagée, en termes de déstabilisation économique et de chaos guerrier, dans ces régions du monde.