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Cyprus crisis debate

CHYPRE: les eurodéputés dénoncent le fiasco de la crise chypriote
18/04/13
Agence Europe

Les députés européens n'ont pas été très tendres, mercredi 17 avril, envers la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) et l'Eurogroupe, dénonçant la manière dont ils ont géré la crise chypriote. Certains ont mis l'accent sur le manque de transparence qui a entouré les prises de décisions et la cacophonie qui a régné. D'aucuns ont relevé des carences dans la légitimité démocratique du processus lui-même. D'autres se sont étonnés du retard avec lequel la crise a été affrontée.

Le Français Jean-Paul Gauzès, porte-parole du groupe PPE sur les questions économiques et monétaires, a ouvert les hostilités. Il a dénoncé le « manque de vigilance des institutions européennes » bien que, selon lui, la situation actuelle incombe également au comportement risqué des banques chypriotes, ainsi qu'à l'absence « d'intervention efficace pour prévenir ou limiter les risques prévisibles d'une économie déséquilibrée par l'excroissance de l'activité financière ». La présidente de la commission Affaires économiques et monétaires, la Britannique Sharon Bowles (ADLE), a abondé dans ce sens. « La sonnette d'alarme doit sûrement sonner quand les opérations de liquidités pour une institution individuelle atteignent le même ordre de grandeur que le PIB » du pays, a-t-elle considéré. Le fait que la BCE ait prêté pour 9 milliards d'euros de liquidités d'urgence à la seconde banque du pays, Laiki, aujourd'hui liquidée, a également été dénoncé par Guy Verhofstadt (ADLE, belge). À la demande des libéraux, une audition spéciale de la 'troïka' et du président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, aura lieu jeudi 25 avril.

Hannes Swoboda (S&D, autrichien) n'y est pas allé avec le dos de la cuillère: « Arrêtez la 'troïka' ! Nous n'avons pas besoin d'elle ! » Il a critiqué le FMI et certains pays, dont l'Allemagne, pour leurs comportements « presque coloniaux ». « Nous devons aider Chypre, pas la dominer », a-t-il conclu.

Ressentiment chypriote. Le discours des eurodéputés chypriotes traduit un certain ressentiment. Si Eleni Theocharous (PPE) a exprimé sa déception envers une solidarité qui « n'a pas été mise en œuvre » pour son pays, Antigoni Papadopoulou (S&D) a qualifié la solution retenue de punition alors qu'elle est supposée participer à la reconstruction de l'économie de l'île. « Comment notre dette pourrait-elle être viable » sans sa plus grande « source de croissance », s'est également questionné Kyriacos Triantaphyllides (GUE/NGL). L'économie chypriote avait en effet misé sa prospérité en grande partie sur son secteur financier, qui sera drastiquement réduit. Daniel Cohn-Bendit (Verts/ALE, allemand) a quand même estimé que le sauvetage chypriote constituait une opportunité pour la réunification de l'île. Il a également vu dans les réserves gazières une potentielle planche de salut pour Nicosie.

Juste un symptôme ? Pour nombre des députés européens, la crise chypriote n'est qu'un symptôme, pas la maladie elle-même au cœur de la crise de l'Eurozone. « Il n'y a pas de fin à la misère de l'euro », a prévenu Laurence Stassen (NI, néerlandaise), soulignant les faibles perspectives de croissance de la zone euro et déplorant le fait que les leaders européens ne voient pas que le problème est la monnaie unique elle-même.

Les députés ont pressé la Commission européenne de faire des propositions pour aller de l'avant dans la sortie de crise. L'UE doit se doter au plus vite des outils qui lui manquent pour prévenir et répondre aux crises bancaires. Appelant à des solutions permanentes, M. Verhofstadt a souligné le besoin d'un mécanisme de résolution bancaire s'appuyant sur un fonds de résolution commun « financé par les banques elles-mêmes » afin d'éviter, à l'avenir, la mise à contribution des contribuables. M. Gauzès a également appelé de ses vœux la mise sur pied d'une véritable union bancaire. Quant au commissaire chargé du Marché intérieur, Michel Barnier, il faut, selon lui, tirer les bonnes leçons de la crise chypriote qui incombe notamment à une faible supervision des banques.

Olli Rehn, le commissaire chargé de l'euro, a affirmé rejoindre l'avis du ministre chypriote des Finances, Harris Georgiades, qui estime que le jeu des griefs doit cesser. « Le processus qui nous a mené à cet accord a été difficile, et non sans erreur », a-t-il toutefois reconnu. Selon lui, le scénario qu'aurait préféré la Commission était celui d'un ajustement plus graduel du système bancaire et de l'économie chypriotes. Mais ce scénario s'est heurté à des contraintes d'ordre financier puisque l'Eurozone a refusé de prêter plus de 10 milliards d'euros afin de ne pas mettre en péril ses chances d'être remboursée.

M. Rehn a rappelé que la Commission avait prévenu Nicosie dès 2011 qu'une assistance financière internationale serait probablement inévitable, l'île ne s'étant résolue à appeler à l'aide qu'en juin 2012. Le programme retenu devrait, à ses yeux, aider l'île à « restaurer la santé de son économie et créer un modèle économique plus viable ». La Commission se tient prête à faire tout ce qui est en son pouvoir pour alléger le coût social du choc économique qui frappe Nicosie, a ajouté le commissaire.